Discours d'ouverture de Jérôme Coutant, membre du collège de l'ARCEP, lors de la 6ème fête du très haut débit à Mortain, le jeudi 30 juin 2011.
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Monsieur le président d'ACOME,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je veux tout d'abord remercier Jacques de Heere, le président d'ACOME,
de son invitation à ouvrir à ses côtés la fête du très haut débit 2011,
ici à Mortain, au cœur du Cotentin. Je suis d'autant plus sensible à son
invitation qu'il donne l'occasion à l'ARCEP de venir une fois de plus
dans le département de la Manche, département pionnier en matière d'aménagement
numérique. Et la place de l'ARCEP est autant auprès des acteurs nationaux
à Paris qu'auprès des acteurs locaux.
Une fête du très haut débit durant 6 ans est la marque de l'énergie d'un
réseau d'acteurs exceptionnels :
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- au premier rang desquels ACOME, entreprise d'excellence européenne
et mondiale dans le domaine de la fibre optique ;
- l'association NOVEA, association unique en son genre, centre de formation
aux technologies numériques et notamment aux métiers du très
haut débit ;
- enfin, le Pays du Mont Saint-Michel et la Communauté de communes
de Mortain, qui nous accueillent aujourd'hui.
Cette 6ème édition s'inscrit dans un moment bien particulier
pour le très haut débit : 2011 doit être l'année
du démarrage effectif de ce chantier d'infrastructure qui va s'étendre
sur près de deux décennies. Je ne connais rien d'équivalent
: ce nouveau réseau va entrer dans chaque foyer, chaque entreprise. C'est
un chantier estimé à 25 milliards € avec plus d'un million
de km de fibre optique à déployer, et dont ¾ des coûts,
principalement de main d'œuvre, sont peu délocalisables, qui peut
s'appuyer sur une filière française optique d'excellence mondiale.
Bonnes nouvelles.
Mais le déploiement du très haut débit est aussi un chantier
stratégique pour l'économie française et l'économie
numérique en particulier : les télécoms représentent
aujourd'hui près de 3% du PIB ; si l'on adopte une définition
large, incluant l'ensemble des TIC, la contribution atteint 6 à 7 %,
et les études récentes convergent pour montrer que l'économie
numérique pourrait représenter 20 à 25% du PIB d'ici 10
ans. L'infrastructure optique va être l'accélérateur de
l'économie numérique.
Mais nous ne sommes pas les seuls à penser ça ! La course mondiale
va donc se jouer sur la vitesse d'exécution, sur le niveau réel
de concurrence, qui est la clé de l'innovation et sur la couverture du
territoire, qui est un enjeu du XXIème siècle par excellence.
La question est donc : comment atteindre ces objectifs dans un environnement
financier contraint ?
Cela fait environ 15 ans que le marché des télécom a été
ouvert à la concurrence. Le régulateur avait été
chargé d'organiser la sortie du monopole sur la base d'un réseau
existant. Aujourd'hui, il s'agit de renouveler totalement ce réseau.
Près de 4 années de réflexion ont été nécessaires
à l'Etat, en concertation avec tous les autres acteurs, opérateurs,
acteurs du bâtiment et du logement, collectivités, Commission européenne,
etc. Ce long processus vient de se conclure le 15 juin dernier avec la publication
par l'ARCEP d'une dernière vague de décisions et de recommandations.
Je voudrais partager avec vous trois convictions :
Ma première conviction, c'est que le cadre réglementaire français
est celui qui répond le mieux aux objectifs de la régulation de
ce réseau naissant dans le contexte de notre pays.
La France a été l'un des marchés les plus innovants en
matière de haut débit, grâce à la qualité
du réseau téléphonique et à l'action conjuguée
du régulateur et des collectivités locales. Nous avons les offres
triple-play les moins chères du monde à 30 euros par mois, accessibles
aux 85% de foyers dégroupés. Le marché français
est très concurrentiel et très dynamique, avec désormais
quatre grands acteurs nationaux présents sur le fixe et le mobile, auxquels
on peut ajouter le câblo-opérateur. On y trouve aussi un écosystème
d'opérateurs B2B ou B2C nationaux ou locaux et multi-technologies. Particularité
française, de très grands groupes de construction et de gestion
d'infrastructures lourdes sont devenus gestionnaires de réseaux d'initiative
publique. Seule ombre au tableau, de fortes disparités territoriales
: tous les territoires ne sont pas égaux devant le dégroupage,
et la concurrence est moindre en milieu rural, c'est-à-dire sur 80% du
territoire, particulièrement là où les collectivités
locales n'ont pas souhaité intervenir sur les réseaux de collecte.
Dans ce contexte, quels ont été nos objectifs dans l'élaboration
du cadre réglementaire ?
- Premier objectif, favoriser l'investissement. Il faut trouver 15 milliards
€ sur 15 ans. On sait que les opérateurs investissent chaque année
7 milliards d'euros au total. Ils devraient donc être capables d'investir
1 milliard d'euros par an sur ce réseau, à condition bien sûr
que le cadre réglementaire soit incitatif et sécurisant pour
ces sociétés.
- Second objectif, réduire les coûts et accélérer
les déploiements par la mutualisation, principe inscrit dans la loi.
La duplication du génie civil serait une aberration ; de même
la multiplication des travaux de pose de fourreaux dans les immeubles ou dans
les communes rurales n'aurait pas de sens. Nous avons donc d'une part organisé
l'accès aux infrastructures essentielles de l'opérateur historique
et d'autre part la coordination entre opérateurs des travaux de câblage
et leur cofinancement selon des modalités tenant compte du rythme de
croissance et de la capacité d'investissement de chacun.
- Troisième objectif, l'innovation : à l'instar du dégroupage
total, le cadre réglementaire doit permettre à tous les opérateurs
qui le souhaitent de garder leur indépendance technique et économique.
C'est un puissant levier d'innovation et in fine c'est ce qui garantit la
liberté de choix des usagers.
- Enfin, quatrième objectif, l'intervention publique : le cadre réglementaire
doit aussi permettre, voire faciliter l'intervention publique locale, car
celle-ci est indispensable pour plus de 50% des foyers sur 90% du territoire.
Nous pensons que le cadre réglementaire français sur la fibre
va permettre d'atteindre ces objectifs. Il vous sera présenté
tout à l'heure, mais je voudrais insister sur deux points :
D'abord, il combine des obligations dites asymétriques, c'est-à-dire
s'imposant uniquement à l'opérateur historique, comme l'accès
régulé à son génie civil, et des obligations dites
symétriques, s'imposant à tous et organisant la mutualisation
de la partie terminale, en tenant compte de la capacité d'investissement
de chaque acteur.
C'est mon second point : la plus grande partie des investissements va être
mutualisée, partagée entre les investisseurs, de l'ordre de 90%
des investissements. Il reste effectivement des déploiements propres
à certains opérateurs, en milieu urbain, sur 5% du territoire
et pour 20% de la population mais ils empruntent des infrastructures lourdes,
égouts à Paris ou fourreaux de l'opérateur historique,
qui permettent donc de faire l'économie du génie civil
Les règles du jeu sont désormais claires, et nous constatons que
les opérateurs sont d'ailleurs au travail. Ils savent que c'est décisif
pour leur avenir.
Ma seconde conviction, c'est que les collectivités locales vont jouer
un rôle essentiel dans ce grand projet national, ce qui n'était
pas évident si on se reporte quelques années en arrière,
et qu'elles ont les moyens de s'engager dans ce processus.
Désormais, leur rôle dans ce domaine est reconnu et encouragé
par l'Etat, au plus haut niveau. Le Premier ministre a lui-même annoncé
en juin 2010 le programme national très haut débit, structuré
autour du principe de complémentarité mais aussi de concomitance
des projets privés et publics. C'est le chef de l'Etat lui même
qui a fixé l'objectif du très haut débit pour tous en 15
ans au mois de février 2010, en insistant d'ailleurs sur ce principe
de concomitance entre l'urbain et le rural.
C'est aussi le chef de l'Etat qui a décidé de consacrer 1 milliard
€ pour amorcer le fonds national d'aménagement du territoire créé
par la loi Pintat. Ce sont 6 millions € de FNADT qui ont été
mis à la disposition des préfets pour soutenir les schémas
directeurs d'aménagement numérique de 2010 à 2013. C'est
donc un changement radical de posture de l'Etat sur la question de l'intervention
publique dans le domaine des infrastructures numériques.
L'Etat se mobilise en soutenant les collectivités locales, mais il ne
se substitue pas à elles, ce qui semble normal dans une République
décentralisée. Cela ne veut pas dire qu'il ne se soucie pas de
l'articulation entre projets privées et projets publics, de la cohérence
nationale, de la qualité du montage des projets, bien au contraire. Les
schémas directeurs ont cet objectif, les préfets ont reçu
depuis l'été 2009 et encore récemment la mission de s'impliquer
dans ce travail.
Naturellement, des inquiétudes sont exprimées par les collectivités.
Sur l'articulation entre projets publics et privés, sur les critères
précis d'attribution des aides de l'Etat, sur l'alimentation pérenne
du Fonds Pintat, ou encore sur le modèle économique des projets
d'initiative publique.
L'ARCEP est à l'écoute de toutes ces questions. Certaines relèvent
du Gouvernement. Des réponses vont être apportées dans les
prochaines semaines, je n'ai aucun doute.
Un mot sur la question du montage financier et juridique des projets d'initiative
publique : C'est une question très importante, liée en partie
au cadre réglementaire.
L'ARCEP a lancé une étude sur les modalités financières
et juridiques du co-investissement dans le cadre des projets d'initiative publique.
Une autre étude en cours porte sur le chiffrage de la fibre à
l'abonné sur l'ensemble du territoire. C'est un outil extrêmement
précis de modélisation, fondé sur des données géographiques
et techniques réelles, qui va permettre aux collectivités et au
Gouvernement d'évaluer le niveau d'investissement nécessaire et
le besoin en financement public, en l'état actuel des modèles
économiques, pour n'importe quel projet.
C'est en quelque sorte le schéma directeur national qui va consolider
les schémas directeurs territoriaux.
Ma troisième conviction, c'est que la France n'est pas en retard.
En termes de foyers éligibles au FttH, l'ARCEP en recense 1,135 millions
fin du premier trimestre 2011, dont près de 250.000 concernés
par une offre de mutualisation. Ces logements fibrés sont pour le moment
concentrés dans les grandes agglomérations, et majoritairement
à l'initiative des opérateurs. La croissance trimestrielle sur
les prises " conformes au cadre réglementaire " est de 35%.
En même temps l'ARCEP constate que les opérateurs accélèrent
les déploiements de fibre pour atteindre les immeubles. 10.000 km de
fibre ont été déployés à fin mars 2010, soit
un doublement en un an, dont la moitié environ par les alternatifs. Donc
sur le FttH, les signaux sont très positifs.
Si l'on intègre le câble, on passe à plus de 6 millions
de foyers éligibles au très haut débit, soit 20% des lignes.
C'est l'un des meilleurs scores en Europe !
En conclusion, vous le voyez, je suis optimiste. C'est sans doute grâce
à mon cheminement professionnel depuis 10 ans qui me permet de mesurer
le chemin parcouru sur ce grand projet d'intérêt général,
le très haut débit pour tous.
D'ailleurs, le très haut débit, c'est aussi le très haut
débit mobile : la France est dans le peloton de tête des pays qui
ont lancé la procédure d'attribution des fréquences issues
du dividende numérique, à l'issue de 4 ou 5 ans de travail collectif,
au bénéfice d'une concurrence très dynamique et d'une couverture
complète du territoire.