Ouagadougou, le 4 avril 2012,
A l'invitation de l'ARCEP du Burkina Faso, le 9ème séminaire
de FRATEL sur " le déploiement de la fibre optique " a réuni
à Ouagadougou, les 3 et 4 avril 2012, une centaine de participants représentant
18 régulateurs membres du réseau francophone de la régulation
des télécommunications et des acteurs du secteur. M. Mathurin
Bako, président de l'Autorité de régulation du Burkina
Faso et président de FRATEL en 2012, fort de sa conviction que le réseau
FRATEL est un des plus actifs dans les échanges sur la régulation,
a rappelé les enjeux du haut débit en Afrique. M. Bako a souligné
l'importance des infrastructures numériques pour faciliter l'insertion
du continent africain dans l'économie mondiale et son rayonnement culturel.
" Le numérique irrigue notre quotidien, notre vie professionnelle
et personnelle, seule la fibre optique apporte une solution durable à
la demande de bande passante ".
La première table ronde, présidée par M. Palouki MASSINA
de l'ART&P du Togo, était consacrée à l'aménagement
numérique des zones d'activités. En introduction, M. Saïdou
YANOGO, du ministère burkinabé des télécommunications,
a présenté le plan de développement de l'infrastructure
nationale d'information et de communication qui prévoit un développement
d'infrastructure haut et très haut débit au Burkina Faso par un
partenariat public-privé (PPP). M. Mohamed Naceur ZAYANI de l'INT de
Tunisie et M. Baye Samba DIOP de l'ARTP du Sénégal, ont à
leur tour décrit leurs plans nationaux, s'appuyant également sur
un PPP. Le Sénégal a mis en œuvre un régime d'autorisation
d'infrastructure, en plus des licences, pour favoriser l'installation de fibre
optique en capacités suffisantes. En France, le gouvernement a mis en
place le label " zone d'activité très haut débit "
dont la gestion a été déléguée à un
gestionnaire privé, la société SETICS. Son représentant,
M. Richard TOPER, a rappelé les conditions inscrites au cahier des charges
pour l'obtention de ce label, qui favorise la normalisation, la concurrence
entre opérateurs et l'installation des entreprises. M. Armin BLUM de
l'OFCOM de Suisse a précisé que le haut débit était
inclus dans le SU depuis 2012, avant de souligner que l'objectif était
une desserte en fibre optique de 30% de la population en 2015, ce qui devrait
se mettre en place par la concurrence efficiente déjà présente
sur le marché. M. Ahmed KHAOUJA, de l'ANRT du Maroc, a présenté
deux types de zones d'activités utilisant la fibre optique, la zone d'activité
intégrée de Tanger THZ qui utilise le partage de l'infrastructure
passive et associe zones franches logistiques et commerciales, et la zone d'accueil
d'activité à forte innovation qui nécessite des débits
et infrastructures de pointe, Casablanca Nearshore Park utilisant le partage
d'infrastructure active entre opérateurs télécoms.
Présidée par M. Alpha Omar BALDE de l'ARPT Guinée, et
introduite par M. Brahim GHRIBI, d'Alcatel-Lucent, la deuxième table
ronde a porté sur la mutualisation du génie civil et des infrastructures.
M. GHRIBI a insisté sur la nécessité d'un cadre précis
et stable pour permettre un partage des infrastructures et le développement
efficient des réseaux en fibre optique. M. Abayeh BOYODI de l'ART&P
du Togo a indiqué qu'un nouveau cadre sera mis en place prochainement
pour préciser les dispositions règlementaires du partage d'infrastructure.
L'ARP&T et les opérateurs ont proposé des recommandations
sur le partage des infrastructures de télécommunications devant
compléter les dispositions du projet de loi et le décret sur l'interconnexion
des réseaux et services. M. Luc MISSIDIMBAZI de l'ARPCE du Congo a mis
l'accent sur la nécessité d'encadrer l'accès aux ressources
en fibre optique liées aux accords d'accès aux points d'atterrissement
des câbles internationaux et aux conventions et accords avec les acteurs
publics. Pour le Cameroun, M. Ali SOUNGUI de l'ART, a rappelé l'accord-cadre
sur l'exploitation des infrastructures des télécommunications
ayant pour objet la définition des conditions de leur exploitation par
les concessionnaires des télécommunications et les exploitants
des réseaux privés indépendants (rail, électricité,
audiovisuel). Il a également évoqué le projet de texte
sur le déploiement de la fibre optique en milieu urbain, d'une part,
et la sensibilisation des collectivités locales pour leur implication
dans le génie civil dans le cadre de l'aménagement numérique
des villes, d'autre part. M. Iosif POPA de l'ANCOM de Roumanie, a insisté
sur la fracture numérique entre zones rurales et urbaines. Les réseaux
de fibre optique pourront être rapprochés des habitants par la
mutualisation en permettant d'économiser de l'ordre de 30% du coût
d'investissement dans le génie civil. Pour la France, M. Jérôme
COUTANT, de l'ARCEP, a mis en évidence le rôle cardinal du régulateur
dans l'impulsion législative et la mise en place d'un cadre favorable
à la mutualisation des infrastructures passives et des investissements,
régulateur qui doit être un "fort, déterminé
et facilitateur du dialogue entre tous les acteurs ". M. COUTANT a insisté
sur la connaissance des infrastructures existantes, et le rôle central
des collectivités locales pour coordonner les travaux sur le domaine
public et l'importance du pilotage par les États.
Enfin, les enjeux des câbles internationaux de fibre optique ont été
abordés à l'occasion de la dernière table ronde présidée
par M. Mathurin BAKO. M. Éric VEVE, consultant juridique, a insisté
en introduction sur le rôle de l'État en tant que garant de l'aménagement
numérique du territoire pour mettre en place un cadre juridique attirant
les porteurs de projet. Les régulateurs doivent avoir les moyens et les
pouvoirs pour réguler l'accès à la fibre qui est une infrastructure
essentielle : " le XXIème siècle sera numérique ou
ne sera pas ". M. Nezih DINCBUDAK du groupe Orange a présenté
le projet ACE basé sur un partenariat public-privé multi-opérateurs
visant à mieux raccorder les États d'Afrique centrale. Il a souligné
le manque de connectivité général en Afrique. Le développement
des usages suppose la mise à disposition d'une meilleure bande passante
internationale lors des attributions des licences 3G. M. Claude DE JACQUELOT,
expert international en politique d'infrastructure, a montré l'explosion
des besoins en bande passante en Afrique et la nécessité de désenclaver
les pays sans façade maritime en améliorant la connectivité
inter-États. Les 200 acteurs du secteur doivent travailler ensemble pour
permettre l'accès de tous les pays aux stations sous-marines, par ces
réseaux inter-États. Le développement économique,
social et culturel du continent dépend de sa connectivité. M.
Jean-Michel KOUAKOU de l'ATCI de Côte d'Ivoire a cité les différents
points d'accès aux réseaux internationaux accessibles en Côte
d'Ivoire avant de présenter le projet de " réseau national
haut débit ", un ensemble de liaisons point à point en fibre
optique pour raccorder la plupart des collectivités locales ivoiriennes.
M. Jérôme BEZZINA, de la banque mondiale, a décrit le projet
CAB (cœur de réseau centre africain) décliné en 11
projets nationaux. Le projet s'articule autour de deux principes : la mise en
place de réseaux optiques neutres et ouverts, indépendants de
tout fournisseur de service ou de contenu, et des PPP entre chaque gouvernement
et des entités privées pour partager les risques et les bénéfices
de l'effort entrepris via des concessions, affermages ou contrats de gestion.
Enfin, MM. Brahim OUMAR, Pierre SONFACK et Justin GOURNA-ZACKO, tous les trois
coordonnateurs du projet CAB, respectivement au Tchad, au Cameroun et en République
Centrafricaine, ont illustré les enjeux et avantages du déploiement
du CAB dans leurs pays.
Le séminaire a par ailleurs permis une présentation du nouveau site Fratel.org
et de la formation Badge (brevet d'aptitude délivré par les grandes écoles),
développée en partenariat avec Telecom ParisTech, l'ARCEP et l'agence des fréquences
de France, l'ARCEP du Burkina Faso.