Pourquoi gérer le spectre hertzien ? Ces dernières années ont été marquées
par une croissance spectaculaire des usages en matière de radiocommunications,
le déploiement massif des réseaux de télécommunications
mobiles en étant certainement l’exemple le plus significatif. Quasi inexistants
il y a encore une quinzaine d’années, ces réseaux maillent désormais
pratiquement l’ensemble du territoire et le taux de pénétration
des terminaux mobiles dans la population française dépasse 80%.
D’autres applications, moins connues du grand public, comme les étiquettes
intelligentes employées par exemple dans le secteur de la logistique,
les radars anticollision installés à bord des véhicules
ou encore certains implants médicaux contribuent à apporter sécurité,
compétitivité économique ou bien-être social.
Quelle que soit la diversité de ces systèmes,
ils ont en commun d’utiliser des ondes radioélectriques. Ces ondes immatérielles
sont caractérisées par des paramètres physiques tels que
la puissance ou la fréquence. Plus précisément, un système
radio va généralement émettre une puissance significative
dans une bande autour d’une fréquence centrale. La " hauteur "
de la fréquence centrale varie de quelques kilohertz à plusieurs
dizaines de gigahertz et détermine les propriétés en matière
de propagation et de pénétration à l’intérieur des
bâtiments. La largeur de bande est quant à elle notamment liée
à la technologie employée et au débit offert par le système.
L’ensemble des fréquences sur lesquelles peuvent opérer
les systèmes de radiocommunications constitue le " spectre hertzien ".
Une propriété fondamentale des ondes radioélectriques
est que des systèmes émettant simultanément dans des bandes
de fréquences non disjointes peuvent potentiellement se brouiller mutuellement.
Pour éviter toute interférence, la ressource hertzienne doit donc
être partagée entre les différents systèmes. Partage
qui peut s’effectuer sur une base fréquentielle, géographique,
temporelle … et dont les modalités doivent être adaptées
aux systèmes en présence afin d’optimiser l’utilisation de cette
ressource. Ce qui suppose bien entendu une approche technique de ces problématiques.
Cependant, si les considérations techniques ont longtemps prédominé,
d’autres éléments sont à prendre en compte.
Le spectre hertzien est en effet saturé. Il est aujourd’hui
de plus en plus complexe d’introduire de nouveaux systèmes de radiocommunications
et des choix doivent s’opérer. Ces choix portent tout d’abord sur la
nature et la finalité des services proposés : services de
communications civiles, utilisations gouvernementales, scientifiques ou applications
à des fins militaires… Et parmi le spectre dédié aux communications
électroniques et dont la gestion est confiée à l’Autorité,
à quels acteurs et comment allouer cette ressource ? La question
n’est pas anodine. La contribution économique directe des utilisateurs
du spectre hertzien est en effet considérable : la valeur estimée
des services de communication électronique qui dépendent de l’utilisation
du spectre radioélectrique dans l’Union Européenne dépasse
les 200 milliards d’euros, soit entre 2% et 2,5% du PIB européen annuel
(source : Commission Européenne).
La gestion du spectre hertzien est par conséquent un
enjeu majeur de régulation, et peut avoir une influence considérable
sur la croissance économique du secteur, l’innovation en matière
de réseaux et de services et, in fine, la satisfaction des consommateurs. L’Autorité et la gestion du spectre hertzienLe Code des Postes et des Communications Electroniques fixe
les missions de régulation des communications électroniques qui
incombent à l’ARCEP, et notamment les responsabilités liées
à la gestion du spectre hertzien :
- régulation du spectre et " utilisation et […] gestion efficaces
des fréquences radioélectriques " (article L.32-1 et notamment
son alinéa II-11),
- établissement des règles techniques et des conditions d’utilisation
des fréquences (articles L.36-6 et L.42),
- attribution de fréquences aux opérateurs et utilisateurs (article
L.36-7).
A ce titre, l’Autorité procède notamment à
l’aménagement du spectre qui lui est alloué, en adoptant des dispositions
réglementaires de portée générale qui fixent les
conditions d’utilisation du spectre et, dans certaines bandes, en délivrant
des autorisations individuelles d’utilisation de fréquences.
Cependant, l’ARCEP n’est pas l’unique affectataire de fréquences
(cf encart) et doit justifier ses besoins en fréquences et les confronter
à ceux des autres utilisateurs de cette ressource. Ainsi, l’ARCEP dispose
aujourd’hui d’environ 15% du spectre entre 29,7 et 960 MHz et 35 % entre 960
MHz et 10 GHz.
| L’ARCEP est affectataire de fréquences pour la France métropolitaine,
les Départements d’Outre-mer et les Collectivités de Mayotte et de Saint-Pierre
et Miquelon en application de la loi n° 96-659 du 26 juillet 1996 de réglementation
des télécommunications. Elle partage le spectre hertzien avec sept administrations
(aviation civile, défense, espace, intérieur, météorologie, ports et navigation
maritime, et éducation nationale, recherche et technologie) ainsi qu’avec
une autre autorité administrative indépendante, le Conseil Supérieur de
l’Audiovisuel. |
Organisation de la gestion du spectre à l’ARCEPL’ARCEP est en charge de la régulation du spectre hertzien alloué aux communications électroniques. Elle dispose d’un portefeuille de fréquences qu’elle aménage en fixant les conditions techniques d’utilisation, et en assurant l’attribution et le suivi des autorisations d’utilisation de fréquences. Ces tâches nécessitent au préalable une planification du spectre alloué à l’Autorité. Au sein du Service Opérateurs et Régulation des ressources rares, c’est à l’unité Fréquences, et plus particulièrement à l’équipe conception et management du spectre, qu’il revient de réaliser ce travail amont. L’attribution et le suivi des autorisations sont réalisées par les unités Fréquences, Opérateurs Mobiles et Opérateurs et Planification. 
Le service Opérateurs et régulation des ressources rares travaille étroitement avec le Service International sur les questions européennes et internationales liées à la gestion du spectre. Le Service Juridique apporte quant à lui son expertise sur les aspects réglementaires et veille à la sécurité juridique des décisions. Planification du spectreAu niveau internationalLe potentiel de brouillage des ondes radioélectriques
a très tôt (dès le milieu du XIXe siècle) contraint
les Etats à se coordonner au sein de structures intergouvernementales.
Les considérations techniques ne sont pas les seuls motifs de coordination
internationale. Certains processus d’harmonisation de bandes de fréquences
répondent à des préoccupations économiques et sociales :
interopérabilité, économies d’échelle, promotion
de normes industrielles…
Aujourd’hui, l’Union Internationale des Télécommunications
(UIT) est chargée de la réglementation et de la planification
du spectre au niveau mondial. L’ARCEP participe aux travaux de l’UIT, au sein
de la délégation française menée par l’Agence Nationale
des Fréquences (ANFr, cf. encart), notamment lors des conférences
régionales et mondiales des radiocommunications. Ainsi, dans le cadre
de la Conférence Régionale de replanification des bandes audiovisuelles
pour la télévision numérique terrestre (CRR04 et CRR06),
l’ARCEP a introduit la problématique du " dividende numérique "
et a invité les acteurs concernés à ouvrir un débat
sur l’utilisation optimale des fréquences à l’horizon de l’arrêt
de la télévision analogique, en cohérence avec une initiative
similaire au niveau de la Commission Européenne. Par ailleurs, dans le
cadre de la préparation de la Conférence Mondiale des Radiocommunications
de 2007, un certain nombre de points concernant directement l’Autorité
font l’objet de travaux, par exemple l’identification de nouvelles bandes pour
les systèmes IMT 2000 et au-delà, ou encore l’attribution de la
bande 470-862 MHz au service mobile en partage avec le service de radiodiffusion.
| L’Agence Nationale des Fréquences (ANFr) est un établissement
public à caractère administratif placé auprès
du ministre en charge des communications électroniques. Les missions
de l'Agence, inscrites dans le code des postes et des communications électroniques,
comprennent notamment la planification du spectre (au niveau international
et national), la gestion des fréquences au niveau national, et le
contrôle de l’utilisation du spectre. |
Au niveau européenL’Autorité participe également aux activités
de la Conférence Européenne des administrations des Postes et
Télécommunications (CEPT) et plus particulièrement du Comité
des Communications Electroniques, afin d’identifier des bandes permettant d’introduire
de nouvelles applications. Elle contribue également aux groupes de la
Commission Européenne. Elle est ainsi représentée au RSPG
(Radio Spectrum Policy Group) qui fixe les orientations stratégiques
en matière de spectre dans l’Union Européenne. Elle prend part
au RSCom (Radio Spectrum Committee), où elle soutient l’harmonisation
de bandes de fréquences (réseaux locaux radioélectriques
à 5GHz, RFID dans la bande UHF…). Certaines questions (notamment réglementaires)
sont quant à elles abordées au sein du CoCom (Communications Committee),
comme le projet WAPECS (Wireless Access Policy for Electronic Communication
Services) proposant une approche plus flexible de la gestion du spectre, ou
du GRE/GRI (Groupe des Régulateurs Européens et Indépendants),
notamment la revue du cadre réglementaire.
Des rencontres bilatérales ont également lieu
avec les autorités de régulation d’autres Etats, dans le cadre
de signature d’accords aux frontières par exemple (sous l’égide
de l’ANFr), ou plus généralement pour échanger les positions
respectives sur les grands dossiers. Au niveau nationalAu niveau national, l’Autorité a compétence pour
fixer les conditions techniques d’utilisation des bandes de fréquences.
Dans ce cadre, elle s’attache à ce que le cadre français reflète
le plus fidèlement possible les mesures d’harmonisation technique définies
au niveau européen. Pour réaliser ses missions, l’Autorité
travaille notamment avec l’ANFr et le Ministère de l’industrie. L’ANFr
est chargée de la planification, la gestion et le contrôle de l’utilisation
du spectre. En particulier, elle anime la coordination entre affectataires.
Le Ministère de l’industrie, en charge des communications électroniques,
est également fortement impliqué en matière de gestion
du spectre, notamment dans le cadre de travaux communautaires. Il est également
garant de la prise en compte des objectifs de politique industrielle décidés
par le gouvernement.
Enfin, des travaux de coordination spécifiques sont
menés régulièrement avec différents affectataires
(coexistence de systèmes dans des bandes partagées, échanges
de bandes…). Attribution et suivi des autorisationsL’attribution et le suivi des autorisations est une tâche
partagée entre trois unités du Service Opérateurs et Régulation
des ressources rares : l’unité Fréquences, l’unité
Opérateurs Mobiles et l’unité Opérateurs et Planification.
Selon les bandes, l’utilisation des fréquences entre dans le cadre d’une
autorisation de portée générale ou est soumise à
autorisation individuelle, c’est-à-dire attachée à la personne
de leur titulaire. Autorisations de portée générale pour les systèmes ne nécessitant pas d’autorisations individuellesCes autorisations de portée générale fixent
les conditions techniques pour des systèmes spécifiques émettant
généralement à faible puissance et disposant d’une portée
réduite. Les équipements sous ce régime sont d’utilisation
libre, dès lors qu’ils respectent les conditions techniques édictées.
Afin d’améliorer les temps d’élaboration de ces décisions
et garantir leur sécurité juridique, l’élaboration de toute
nouvelle décision en la matière suit un processus normalisé
intégré dans la démarche qualité de l’unité
(voir infra). Autorisations individuelles délivrées au fil de l’eau (cas de non rareté)L’article L.42-1 du CPCE permet à l’Autorité
de délivrer des autorisations d’utilisation de fréquences au fil
de l’eau pour des systèmes qui ne sont pas en situation de rareté.
La délivrance d’autorisations individuelles au fil de l’eau constitue
le cas le plus fréquemment rencontré dans les procédures
d’attribution mises en œuvre. L’Autorité répond aux demandes de
fréquences des utilisateurs en assignant ou allotissant des fréquences
dans les bandes planifiées à cet effet. Elle procède également
à la facturation imposée aux titulaires d’autorisation et au contrôle
du respect des autorisations. Il convient de souligner que le processus d’attribution
d’autorisation de fréquences pour le service fixe a été
le premier à s’inscrire dans une démarche de certification qualité,
afin notamment de garantir un délai de délivrance d’autorisation
satisfaisant pour les utilisateurs. Autorisations individuelles délivrées après une procédure de sélection (cas de rareté)Enfin, l’Autorité peut délivrer des autorisations
à la suite d’une procédure de sélection (article L. 42-2
du CPCE). Les procédures de sélection visent, en raison des contraintes
inhérentes à la disponibilité des fréquences, à
autoriser un nombre limité d’acteurs dans une bande de fréquences.
Les modalités de ces procédures très spécifiques
sont fixées par le ministre chargé des communications électroniques
sur proposition de l’autorité et sont publiées sous forme d’appel
à candidatures. L’Autorité utilise pour les préparer une
méthode faite de transparence et de concertation avec les acteurs, notamment
par le biais de larges consultations publiques. Les autorisations relatives
aux réseaux de téléphonie mobile de deuxième et
troisième génération ou encore la boucle locale radio ont
ainsi été délivrées dans le cadre de soumissions
comparatives entre les différents candidats. Démarche qualité : pour une meilleure efficacitéAfin d’améliorer son efficacité interne et de
mieux satisfaire ses " clients ", l’Autorité a également
engagé en 2004 une procédure de certification ISO 9001. La loi
a défini les principes généraux encadrant toute décision
de l’ARCEP, dont l’attribution de ressources en fréquences. Le régulateur
se doit de traiter tous les dossiers de façon transparente, objective
et non discriminatoire. La formalisation du processus d’attribution de fréquences
dans le cadre d’une certification ISO 9001 s’inscrit dans une démarche
qualité qui répond à ces exigences générales.
Ainsi, chaque demandeur de fréquences dispose de la garantie que son
dossier sera traité suivant un processus bien défini, indépendamment
de son statut ou de sa taille.
Le Système de Management de la Qualité mis en
place dans le cadre de la certification ISO 9001 vise à diminuer le délai
de délivrance des autorisations d’utilisation des fréquences et
à assurer une plus grande sécurité juridique au bénéfice
de l’utilisateur.
Cette certification renforce la culture du travail bien fait
partagée par tous les personnels de l’ARCEP. Le gain de temps apporté
par la rationalisation des tâches est d’ores et déjà consacré
à de nouvelles missions plus stratégiques relatives notamment
au management du spectre. Interaction de l’Autorité avec le secteur des communications électroniquesUne régulation efficace du spectre implique une interaction
constante avec les acteurs du secteur et les autres administrations en charge
de la gestion des fréquences. En particulier, de nouveaux outils de communication
ont été mis en place afin d’améliorer la diffusion des
décisions et, plus globalement, la stratégie de l’Autorité. Consultation du secteurL’Autorité procède régulièrement
à des consultations du secteur, soit par des liens directs avec les constructeurs,
les opérateurs ou les utilisateurs, soit par l’intermédiaire de
commissions. En matière de gestion du spectre, la Commission consultative
des radiocommunications est ainsi consultée pour toutes les décisions
majeures.
L’Agence Nationale des Fréquences anime également
plusieurs commissions consultatives auxquelles l’ARCEP prend part et qui permettent
de recueillir les avis des industriels et des affectataires. La Commission des
Revues Du Spectre permet par exemple de consulter les constructeurs sur les
évolutions des équipements (dans le cadre du sous-groupe " faisceaux
hertziens " notamment) ou de faire un état des lieux avec les industriels
des nouvelles technologies radio et d’anticiper ainsi l’évolution des
méthodologies de gestion du spectre.
Enfin, l’Autorité commande chaque année des études
externes, dont certaines ont un lien direct ou indirect avec la gestion des
fréquences. Information aux acteursL’Autorité, suivant notamment en cela la décision
spectre de la Commission Européenne (article 5 – disponibilité
de l’information), a mis en place de nouveaux outils d’information à
destination du public, afin de l’informer de l’utilisation du spectre et de
la stratégie envisagée pour sa gestion.
En particulier, l’année 2006 a vu le développement
de trois nouvelles bases de données :
- un registre des utilisations de fréquences : ce registre offre
un panorama exhaustif de l’ensemble des bandes gérées par l’ARCEP.
Il détaille non seulement les services (au sens de l’UIT) qu’il est
possible d’utiliser dans chaque bande, mais également les usages avec
notamment les conditions techniques associées et des éléments
concernant les modes d’autorisations. Par ailleurs, les données peuvent
être automatiquement exportées vers la base de données
européenne EFIS. Enfin, une attention particulière est portée
sur la mise à jour de la base, qui fait l’objet d’un processus spécifique
au sein de notre démarche qualité.
- un registre des autorisations pour le marché secondaire : avec
le même souci de qualité qui a animé la réalisation
du registre des utilisations, une extension a été développée
afin de prendre en compte le marché secondaire. En particulier, les
conditions de cession des autorisations dans les bandes ouvertes au marché
secondaire sont mises à la disposition des utilisateurs. Figure également
la liste des autorisations ouvertes au marché secondaire qui ne précisent
pas l’implantation géographique des stations : il s’agit d’autorisations
par allotissement, qui offrent une certaine souplesse d’utilisation à
leur titulaire. Ces autorisations présentant un intérêt
stratégique, une visibilité particulière leur a été
accordée afin de favoriser une dynamique sur le marché secondaire.
Il convient de souligner que les fonctionnalités proposées suivent
scrupuleusement les dispositions de l’article R. 20-44-9-12 du CPCE, mis en
place par le décret 2006-1016 du 11 août 2006.
- une base de données professionnelle répertoriant équipements
et antennes : cette base a pour objectif de référencer
de manière unique l’ensemble des équipements et antennes. Elle
simplifie les démarches des demandeurs et permet de réduire
le nombre d’erreurs dans les déclarations (le nombre de champs à
remplir a diminué drastiquement) et donc d’éviter tout problème
de coordination.
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