Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le président de l’Arcom, monsieur le vice-président du conseil général de l’économie, monsieur le directeur de l’Agence Nationale de Cohésion des Territoires,
Mesdames et Messieurs les membres du collège de l’Arcep et de l’Arcom,
Mesdames et Messieurs,
Cette année, la publication annuelle du Baromètre du Numérique revêt une dimension spéciale. En effet, cela fait vingt-cinq ans que l’Arcep a initié ce suivi de l’évolution des usages du numériques de Français. Un quart de siècle, c'est quasiment une génération. En un quart de siècle, le numérique a transformé en profondeur nos vies, nos interactions, notre économie. C’est donc l’occasion de prendre du recul.
Remontons un instant le temps. Nous sommes en 2000. Un monde où Internet était presqu’un luxe, le haut débit un mirage réservé à quelques communes où l’ADSL venait d’être lancé, et les smartphones restaient à l’état de science-fiction.
En 2000, on compte seulement 5,5 millions d'abonnements Internet, du bas débit dans plus de 90% des cas et uniquement fixe bien sûr. Le mobile ? Réservé principalement aux appels, 3 heures par mois, et 5 SMS. La facture moyenne ? Il fallait compter 75€ par mois, pour un accès à un internet bas débit et limité en données, moins de 5 heures de téléphonie fixe, et moins de 2 heures de téléphonie mobile. La fracture numérique était béante, l'accès au numérique un privilège.
Que s’est-il passé depuis ? Je vous propose de regrouper les phases de cette transformation en cinq périodes de 5 ans, pour dresser une brève et nécessairement schématique chronique de ces changements:
- D’abord 2000-2005 : la démocratisation. Le taux d'équipement en téléphone mobile explose, passant de presque 0 à 70%. En 2004, pour la première fois, plus de la moitié des Français ont un ordinateur à domicile. L'accès fixe à Internet passe de 6% à 40% en 5 ans.
- 2005-2010 : l'explosion des services. Porté par la disponibilité du haut débit via l’ADSL, le streaming audio et vidéo détrône le téléchargement. Deezer et Spotify apparaissent. Les réseaux sociaux ? Nos adolescents sont déjà près de 80% à s’en servir. Le e-commerce décolle avec près d’un Français sur deux achète en ligne en 2010.
- 2010-2015 : l'ascension du smartphone, et le premier développement de l’internet mobile. L'iPhone débarque en 2007. L'équipement en smartphones bondit de 17% à 58% pendant ces cinq années. La 4G se déploie, les usages mobiles explosent : navigation web, téléchargement d'applications, messagerie instantanée... La connexion Internet fixe se généralise, et le très haut débit à domicile apparait, avec 16% des abonnements.
- 2015-2020 : l'ère des plateformes. Les grandes plateformes numériques s'imposent. Netflix est lancé en France en 2014, et un tiers de la population est déjà abonné à la VOD en 2019. Les réseaux sociaux continuent leur progression, utilisés par près de 70% de la population en 2020.
- 2020-2025 : Le numérique partout. Le nombre d'abonnements Internet dépasse les 32 millions fin 2024. Le très haut débit devient majoritaire, avec la fibre représentant 75% des abonnements haut et très haut débit. La consommation de données explose, avec plus de 200 Go par abonnement sur les réseaux fixes et 16 Go sur les réseaux mobiles. De nouveaux usages se développement très rapidement, comme le cloud et l'intelligence artificielle générative.
Au-delà de ces quelques chiffres, je voudrais souligner aussi des impacts majeurs du numérique sur la société :
- D’abord, la démocratisation de l'accès à l'information, à la culture et aussi à la désinformation.
- Ensuite, l’émergence de nouvelles formes d'engagement citoyen et de nouvelles formes d’interactions sociales, et aussi de nouvelles formes de violences.
- Enfin, la transformation des modes de travail et d'apprentissage, et des secteurs économiques dans leur ensemble.
C’est aussi cela, 25 ans de numérique.
Et maintenant, que peut-on pressentir pour 2025-2030 ? Vous le découvrirez dans un instant avec ce nouveau baromètre, mais je souhaite d’ores et déjà insister sur un chiffre : aujourd’hui, et c’est une nouvelle information que révèle ce baromètre, près d’un français sur deux considère passer trop de temps devant les écrans pour ses usages personnels.
C’est une nouvelle ère dans laquelle nous pourrions entrer : celle de l’addiction au numérique.
Ce n’est pas une fatalité. Elle soulève des questions cruciales sur la captation de notre attention, sur les algorithmes qui nous enferment dans certains usages, et de façon générale sur tous les mécanismes mis en œuvre par certains géants du numérique pour renforcer notre dépendance à leurs outils. Ces usages addictifs conditionnent également en partie l’impact environnemental du numérique.
Avec l’Arcom, nous nous sommes engagés à travailler sur cette question dans le cadre du pôle commun Arcom – Arcep.
Enfin, pour terminer, je voulais aussi rappeler que l’Arcep a récemment adopté sa nouvelle stratégie : notre ambition 2030 est de veiller à doter le pays des infrastructures numériques pour les décennies à venir et de s’assurer qu’Internet reste un espace de libertés. Pour cela, nous devons agir ensemble, pouvoirs publics, acteurs économiques et société civile, pour construire un avenir numérique où chacun se sente libre et maître de ses choix.
L’Arcep contribuera à créer les conditions d’un numérique désirable, au service de l’émancipation des individus, de la compétitivité de nos entreprises et de la société dans son ensemble.
Je vous remercie, et laisse la parole à Martin Ajdari, président de l’Arcom.